Orateur(s)
Alain Schmitz (Caclb), Benoît Remiche (Tempora)
Résumé

Dans une première partie, Alain Schmitz a dressé le portrait du festival de Chassepierre et de son histoire, ainsi que du Centre d’Art Contemporain du Luxembourg belge. Deux institutions qui marquent de leur empreinte le monde rural et qui contribuent par leur souci d’authenticité, la qualité des oeuvres et des spectacles, à réunir un public régional mais aussi national et international. Ces deux expériences montrent combien des actes culturels originaux participent au développement touristique et à l’image positive d’une région comme la province de Luxembourg.

Le festival de Chassepierre réunit chaque année de 25.000 à 30.000 personnes dans un village de 200 âmes. Un public local et international. Beaucoup profitent des jours d’avant ou d’après le festival pour découvrir les richesses naturelles et patrimoniales qui font la spécificité et l’attrait de ce pays rural.  La réussite du culturel se répercute ainsi largement sur le tourisme et l’économie de toute une région.  L’histoire du festival réunit différents composants dont la rencontre paraissait improbable. Elle reflète aussi comment on peut amener la culture à portée de la ruralité. Ce festival est le plus vieux festival des arts de la rue en Europe. Au fil des ans, il est devenu le plus important du continent. A la base, le festival se voulait surtout une rencontre de poètes.  Ensuite, des peintres et artisans de création ont rejoint le mouvement, et très vite le village est devenu une vraie scène de théâtre. Le premier artiste de rue répertorié est le père Prosper que l’on peut entendre haranguer les gens dans les rues dès 1976. Il bousculait les certitudes des habitants en leur parlant de manière humoristique de la royauté ou en critiquant le gouvernement, ce qui était une nouveauté à l’époque dans un milieu assez conservateur.  Cette fonction d’interpellation a été gardée par l’organisation ; l’esprit qui a fait la particularité de Chassepierre a été maintenu, afin de garder une certaine authenticité.  Après 10 ans de festival, Alain Schmitz démissionne comme animateur du Foyer culturel de Chassepierre pour se consacrer à la direction d’un tout nouveau centre culturel qu’il a mis en place. Le Centre d’Art Contemporain du Luxembourg Belge existe en effet depuis 30 ans et a pour principale mission la diffusion et promotion des arts contemporains. Implanté depuis 2007 sur le site de Montauban (suite à une réorientation de la politique culturelle locale), le centre propose la création d’œuvres monumentales et environnementales temporaires dans un périmètre consacré à la fois à l’archélogie, au patrimoine et à la nature. De façon parallèle à ses activités au Caclb, et à la demande du comité de Chassepierre, Alain Schmitz continue d’être impliqué dans l’organisation du festival de Chassepierre en tant que directeur artisitique.

L’organisation de Chassepierre n’a pas de couleur politique, et reste volontairement assez autonome des modes de financement public afin d’éviter une éventuelle récupération.

Une telle organisation peut paraître difficile en milieu rural – notre orateur a par exemple cité le problème du paiement vu la localisation du festival et l’absence de connexion. Et pourtant, cela fonctionne. De 750 euros en 1976, le budget est passé à 650.000 euros en 2015. En plus de l’aspect artistique, la dimension sociale est à souligner dans l’organisation de cet événement qui réunit des artistes d’horizons différents, des bénévoles de tout âge,…

Les organisateurs semblent avoir créé un esprit auquel les gens adhérent.

Après 40 ans de service, Alain Schmitz a « remis son tablier » pour laisser la place à une nouvelle directrice. Ce qui ne l’empêche pas de l’assister en tant que consultant et de redécouvrir ainsi une nouvelle facette de l’événement.

 

 

Dans une seconde partie, Benoît Remiche a commencé par présenter sa société, Tempora. L’institution se définit comme un laboratoire un peu iconoclaste qui conçoit et réalise la création d’expositions de civilisation dans un cadre entrepreneurial en Europe et dans le Monde.  Notre orateur est revenu sur différents projets menés par Tempora comme le Bastogne War Museum, le show « From Texas to Bastogne », l’animation du musée du Doudou,…Il a ensuite répondu à la question de savoir comment la création culturelle peut booster l’attractivité touristique d’un lieu. Il existe deux cas de figure :

-       La création d’un équipement ou de manifestations culturelles crée la destination touristique. Exemples : Futuroscope, le Puy du Fou, Pari Daïza,…

-       L’équipement culturel renforce une destination . Exemples : les musées en Normandie, le Bastogne War Museum,…

Les conditions de la réussite sont différentes :

-       Les investissements sont plus considérables

-       Le saut créatif est d’autant plus important pour la réussite

L’innovation est importante dans le processus de la création culturelle, et elle est à comprendre surtout en termes de progrès plutôt que de technologies.

L’innovation dans le langage muséographique passe par la mise au centre du visiteur.  Cela peut paraître difficile de faire passer un message à des gens pour qui les rapports avec l’histoire se sont distendus. C’est pour cela qu’il faut essayer de croiser l’histoire avec un grand H, et les histoires individuelles, a expliqué Benoît Remiche.

Il y a sept balises :

1)   Construire l’objet même de l’exposition

2)   Ecrire l’exposition comme un récit

3)   L’exposition doit être un spectacle dont les objets deviennent les acteurs

4)   Les autres médias doivent être mis au service de la narration

5)   Sortir l’art contemporain de son ghetto

6)   La circulation de l’exposition nécessite l’adaptation au système culturel de l’institution d’accueil

7)   Une équipe intégrée

 

Le succès commercial dépend de quatre conditions :

-       La qualité du produit, en gardant l’équilibre entre les briques et le contenu

-       Le Musée comme un pivot

-       Créer une destination avec une collaboration entre les opérateurs culturels et touristiques par la cohérence et la diversité des expériences

-       Utiliser les méthodes de management modernes :

  • Par objectifs : tendre vers la frontière de l’excellence
  • Mesurer l’efficacité
  • Gérer les ressources humaines

 

Voir la présentation d'Alain Schmitz :

 

 


Voir la présentation de Benoît Remiche :

Dans un baromètre publié par l’Observatoire du Tourisme Wallon, 40% des répondants estimaient que des activités locales avaient eu un impact sur leur fréquentation d’été. Un chiffre qui ne laissera personne indifférent. Comment une création culturelle peut-elle se mettre au service du tourisme? Telle est la question que nous poserons à nos deux intervenants Messieurs Alain Schmitz et Benoît Remiche.

Alain Schmitz est à l’initiative de différents festivals dans le sud du pays dont le Festival International des Arts de la rue de Chassepierre. Il s’agit d’une des plus grandes manifestations du genre en Fédération Wallonie Bruxelles avec pas moins de 30 000 participants. Durant deux jours, un petit village de Gaume est investi par des touristes. Alain Schmitz reviendra sur les facteurs clés de ce succès autant que sur les difficultés qu’il a pu rencontrer.

Benoît Remiche est le fondateur de la société Tempora, le spécialiste belge de la conception, réalisation, promotion et gestion d’expositions et d’équipements culturels. Acteur incontournable dans le paysage, les deux spécificités de Tempora sont ses capacités uniques d’ « ensemblier » (qui  lui permettent de créer et de développer des projets d’expositions from scratch, de la conception des textes et de la scénographie, à l’accueil final des publics sur place, en passant par la réalisation et la promotion) et l’internationalisation de son activité (via le développement d’expositions destinées à voyager, et son implication dans le développement de parcours d’exposition permanents à l’étranger).