Orateur(s)
Professeur ordinaire Pierre DUYSINX A&M - Automotive Engineering (Uliège)
Dr.-Ing. German CASTIGNANI CEO & Co-founder (Motion-S S.A)
Denis GORTEMAN CEO (D'Ieteren Automotive)
Etienne JACQUE Corporate R&D Manager (Cebi International S.A.)

Rencontre conférence / La digitalisation dans l'industrie automobile et ses défis

Résumé

Nous nous sommes penchés, ce vendredi midi, sur la mobilité du futur, afin de présenter les conclusions du Livre Blanc intitulé « Future move » auquel a contribué l’Université de Liège, dans le cadre du projet PAE (Pôle Automobile Européen).
Dressant une vue générale et stratégique sur l’avenir de la mobilité, cette étude propose des recommandations aussi bien adressées aux industries du secteur que, plus largement, à la société civile afin d’entamer le virage nécessaire pour être acteurs des évolutions en matière de mobilité !

Cette rencontre-conférence, basée sur l’enjeu de la digitalisation des données était le second volet proposé. Le premier, ayant eu lieu en octobre, s’était quant à lui concentré sur la présentation du concept de la voiture autonome et partagée.

Ainsi, nous avons réuni, autour du Professeur Pierre Duysinx (Professeur Ordinaire - Ingénierie des Véhicules, ULiège) et Dimitra Papadimitriou (Assistante - Faculté des Sciences Appliquées) un panel d’intervenants aux éclairages complémentaires quant aux nombreux défis liés à la digitalisation dans le secteur du transport.

[3:22] Pierre Duysinx a ouvert la séance en plaçant le Livre Blanc dans le contexte transfrontalier de sa réalisation. Il a ensuite parcouru les grandes lignes de force du livre, en présentant les mégatendances issues de l’étude :

        
  • La première tendance relevée est l’électrification du monde du transport avec un point de bascule prévu en 2025. L’accent a été mis sur la flexibilité du monde de l’Industrie automobile, qui est pourtant une industrie lourde, mais qui arrive à se réinventer en des temps records.
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  • La mobilité douce, individuelle, et à deux roues est la seconde mégatendance. Notons que la crise du Covid a encore fait exploser cette tendance, au-delà même des effets escomptés lors de l’étude.
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  • La mobilité partagée, connectée et autonome crée un autre lien avec le véhicule et introduit de nouveaux services dans la réalité du consommateur. L’informatique permet de passer d’un moyen de transport à un autre et de payer son utilisation, notamment en milieu urbain ou péri-urbain.
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  • Cette digitalisation du transport apparaît à de nombreux niveaux (gestion des données, services intégrés…), mais aussi au niveau de l’Industrie 4.0 qui est l’un des futurs challenges du milieu de la production.

[10:46] Dimitra Papadimitriou a ensuite pris la parole pour analyser les aspects juridiques liés à la digitalisation dans le secteur. Afin de préserver les utilisateurs, un cadre légal devra être garanti pour encadrer cette future digitalisation des données. Elle a dressé les bases légales existantes actuellement au niveau de l’Europe, tant au niveau de l’Enisa que du RGPD. Elle a également fait un recensement des lois-cadres et de celles en devenir qui légifèreront cet ensemble.

[17:22] Pierre Duysinx a, ensuite, repris la parole pour tirer les quelques conclusions de ces lignes de forces. Il est évident que les PME régionales auront leur rôle à jouer au regard des métamorphoses qui arrivent.

[20:17] German Castignani, spécialiste data, a poursuivi les exposés en présentant la société Motion-S qu’il a co-fondée en 2014 (spin-off de l’Université de Luxembourg). Au sein de Motion-S, une plateforme a été créée pour regrouper l’analytique des données de la mobilité. German Castignani a détaillé notamment les 4 thématiques primaires sur lesquelles la plateforme se concentre. Il en est venu, ensuite, au cœur du sujet en présentant l’évolution de la CAR DATA ces deux dernières années et a projeté ce vers quoi elle va se développer d’ici 2025.

De nouveaux métiers sont en train d’émerger, avec des opportunités de business et de développement autour de cette CAR DATA ; Tesla vient d’ailleurs de lancer une toute première application. Il a détaillé ensuite la chaîne de valeur de la CAR DATA et ses coûts d’exploitation avant d’illustrer ses propos par un exemple d’étude réalisée à partir du suivi de 39 véhicules (durant 3 mois). Il a fait le tour des données collectées et de ce qu’elles peuvent apporter comme informations multiples. Pour clôturer son intervention, il a expliqué les dernières applications en cours de développement au sein de son entreprise et leur portée, en lien avec des questions d’assurance ou de gestion de flotte, notamment.

[35:45] Etienne Jacqué a pris ensuite le relai pour partager son point de vue, issu d’un industriel qui construit des pièces détachées pour le monde du transport. L’entreprise au sein de laquelle il travaille, Cebi, est une société répandue mondialement dont le siège est au Grand-Duché du Luxembourg.

Il a débuté son exposé en signalant que la digitalisation ne les concernait pas, tant au niveau des pièces créées - car Cebi ne fabrique pas de pièces connectées - qu’au niveau de la digitalisation des processus de construction, ce qui doit permettre d’optimiser les coûts. Cela fait 5 ans que certains processus de l’industrie 4.0 sont développés au sein de Cebi avec de gros investissements à la clé.

Monsieur Jacqué a toutefois mis l’accent sur les difficultés de cette nouvelle stratégie car chaque domaine a sa digitalisation propre. Mais, en devant être connecté au reste des process, chaque modification peut engendrer des problèmes en cascade. La digitalisation est là pour faciliter les choses au départ… mais cela devient très vite un métier en soi et il s’agit d’être prudent tout en avançant « step by step ».

Il a conclu son intervention avec quelques exemples de bonnes pratiques à avoir avant de se lancer dans la digitalisation, en fonction de la réalité de chaque entreprise. Pour lui, le processus est intéressant mais à ne surtout pas prendre à la légère. Il a notamment évoqué des évolutions inhérentes en termes de management, dans ce processus général de transformation.

[48:32] Enfin, Denis Gorteman a fait le lien entre la digitalisation du secteur de l’automobile et les consommateurs et leurs besoins. Évoluant chez l’importateur D’Ieteren depuis plus de 30 ans, il nous a dressé la situation du point de vue du client et du concessionnaire. Après avoir pointé les principales tendances observées sur le terrain, il a insisté sur la nécessité, pour la marque, de se réinventer et de pouvoir aussi s’ouvrir à d’autres business en lien avec ces changements.

Le digital influence aussi, évidemment, le marketing. La moitié des budgets de communication y sont aujourd’hui consacrés au détriment des canaux classiques, comme la TV et les journaux. Toutefois, les études montrent que 70% des clients souhaitent qu’il y ait toujours de l’humain dans la chaîne de vente, même si l’achat 100% en ligne de voiture existe déjà et remporte un certain succès. La crise du Covid a supprimé l’un des supports de vente qu’était le salon de la voiture. Le digital a permis aux concessionnaires de se réinventer et de présenter à leurs clients, à partir du simple showroom, les nouveaux modèles de manière plus attractive. Les clients ont désormais le choix pour découvrir, autrement, les véhicules dont ils rêvent.

Au-delà du marketing, la digitalisation a aussi permis de nouveaux développements à destination des clients, comme un guide interactif pour comprendre son véhicule à la réception, mais aussi des options disponibles à la demande (siège chauffant) moyennant un paiement ultérieur pour la durée utilisée.

La digitalisation est en train de révolutionner le business et ce n’est qu’un début. Monsieur Gorteman a conclu sur la nécessité d’adaptation de tous les professionnels du métier afin de trouver leur place dans ce nouveau paysage de la mobilité de demain.

Retrouvez ci-dessous le replay et les présentations de la rencontre :

Cette rencontre-conférence se fera en vidéo conférence. Elle est co-organisée par Liège et Luxembourg Creative. 

Comme de nombreux autres secteurs, l’industrie automobile est confrontée à une transformation radicale. Electrification, conduite autonome, mobilité partagée, connectivité, Internet of Things, Industrie 4.0, Big Data, intelligence artificielle, blockchain, Digital Twins…

Bien que la digitalisation accrue de la société en général, ait été amorcée bien avant la crise du covid 19, celle-ci aura été le catalyseur de nouveaux investissements dans les technologies numériques. Le recours à la robotique et à l'automatisation de la production s'est encore renforcé, notamment dans les industries les plus exposées à la concurrence internationale, comme celles des secteurs de l'automobile, de l'informatique et de l'électronique.

L'impact de la numérisation sur l'avenir de l’industrie automobile reste à identifier et dépendra du type de technologie numérique considéré. Quoi qu’il en soit, les emplois créés par la numérisation seront qualitativement différents et exigeront des travailleurs l'acquisition de nouvelles compétences dans le domaine numérique.

C’est dans ce contexte que le projet européen PAE voit le jour et que le livre blanc « FUTURE MOVE » est réalisé par l'Université de Liège. Ce livre donne un aperçu de la façon dont l’industrie automobile peut ou doit évoluer sous la pression conjointe des différents éléments qui la positionnent sur un chemin de rupture.

Cette rencontre-conférence, qui réunira un panel d’intervenants aux compétences variées, sera l’occasion, sur base des constats du livre blanc « FUTURE MOVE », de partager les mégatendances et innovations de l’industrie automobile, tout en pointant les défis d’ordre technologique et sociétal auxquels le secteur doit faire face.

Le focus sera particulièrement mis, dans le cadre de cette rencontre, sur la digitalisation et ses implications multiples sur l’industrie automobile.

Les partenaires du projet Pôle Automobile Européen :

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